LES HOMMES PLANTES


"J’étais sur mon balcon. C’était l’été. Il ne faisait pas beau. Je lisais Bataille, La mutilation sacrificielle. Il expliquait qu’on retrouvait des similitudes dans les témoignages des gens qui s’étaient eux-mêmes sec- tionné un membre. Ces similitudes consistaient dans le fait qu’ils entretenaient des rapports bouleversants avec le soleil. En parallèle, je regardais les techniques praniques. Les hommes se nourrissant uniquement de lumière et d’eau solarisée.
Sorte de photosynthèse humaine.
Le principe étant que nous ingérons des légumes qui ont transformé la lumière en vitamines et glucides né- cessaires. C’est là où on en vient à Vincent Van Gogh. On retrouve dans ses premières peintures la montée du soleil puis sa chute dans ses dernières. La nuit! La nuit étoilée. La chute étant alors succédée par la mort. Les tournesols furent peints entre son entrée à St Rémi et son oreille arrachée, à l’apogée du soleil.
L’homme serait alors une forme déceptive de plante. Incapable de regarder, de se nourrir du soleil trop longtemps sans chuter vers une mort inéluctable. Mi- mant l’être Icarien ou le foie de Prométhée qui reste une offrande à un maître aérien qui est presque un dieu solaire. La régénérescence de l’organe...
Je rentre dans le studio. Prend le dictionnaire de my- thologie sous ma table de nuit. Seul don de mon arriè- re-grand-père mort d’asthme. Je pense à Daphné qui en avait ras-le-bol de se faire cuisiner par Apollon, qui avait envie de l’étendre, et se changeât en laurier ou je ne sais plus quelle plante aromatique.
Je pense aux techniques praniques qui utilisent le chakra couronne – le chakra solaire. Comme une sorte d’entonnoir pour choper du flux solaire. Ca me rappelle le pôle nord et sud magnétique.
Je suis parti en Norvège pour voir des aurores boréa- les. Il a grêlé. On n’a pas vu d’aurores boréales. Il y aurait un genre de flux circulaire parcourant la terre par son centre du nord au sud. Ça a la forme d’une carcasse de donut et donc la Terre est creuse, un peu à la Jules Verne.
Les aurores boréales sont une sorte de sortie/entrée au monde de plantes que nous sommes. L’intérieur de la Terre est réservé aux consciences magnétiques. Les flux. Les grands anciens au centre de la terre comme dans le mythe de Cthulhu. Ceux qui font trembler la terre lorsqu’ils se réveillent.
Et le mécanisme se met en abîme. La Terre traversée par des consciences se fait Homme et vice et versa. L’homme-plante devient parfois homme-planète.
Ce jour-là, j’ai pensé à Marcel Violet et au tourbillon que fait l’eau de ma baignoire quand elle se vide et puis il a fait beau et je suis partie me baigner. Ce devait être un mardi matin."